Catégories
Uncategorized

Un épargnant averti en vaut deux

Un épargnant averti en vaut deux

IL EST ILLUSOIRE DE PENSER FAIRE UN BON PLACEMENT SANS MAÎTRISER LES BASES DE LA GESTION PATRIMONIALE. VOICI LES POINTS À CONNAÎTRE POUR INVESTIR DE FAÇON AUTONOME… SANS SE FAIRE AVOIR.

Impossible de connaître chaque placement sur le bout des doigts. Le marché de l’épargne est un dédale, qui plus est évolutif, avec de nouveaux produits lancés tous les ans quand d’autres sont mis au placard. Pire, c’est un univers complexe, très technique, usant d’un jargon déroutant. Comment se repérer ? En vous posant systématiquement les cinq questions suivantes: 1. Comment fonctionne le produit qu’on me soumet ? Deux phrases doivent suffire à l’expliquer, sans omettre les montants d’épargne requis. 2. Mon argent y est-il garanti contre toute baisse? Si oui, cette garantie est-elle nette de frais, permanente ou valable seulement à une certaine échéance? 3. Pourrai-je récupérer mon argent à tout moment ? Si oui, sous quelles conditions ? 4. Quel est le rendement du placement ? À quoi s’attendre au mieux? Au pire? Demandez ses performances passées, nettes de frais, sur cinq ans. Pour les nouveaux produits, prudence. 5. À l’entrée comme à la sortie, quelle fiscalité?

Notre conseil Si vous n’obtenez pas de réponse claire sur tous les rouages d’un placement (fonctionnement, garanties et risques, liquidité, rendement…), passez votre chemin sans hésiter.

BIEN MESURER LE RISQUE PRIS

Selon le baromètre de l’épargne 2019 de l’AMF, seuls 10 % des personnes interrogées estiment être capables d’évaluer le niveau de risque d’un produit financier – à savoir, si elles peuvent y perdre de l’argent et dans quelle mesure. Un pourcentage bien faible, alors qu’il s’agit de l’élément central de tout placement! De manière générale, les investissements en actions sont les plus risqués, devant les produits obligataires puis les supports monétaires.

L’immobilier se situe quelque part au milieu de cet ensemble. Comment se renseigner? En consultant le document d’information clé pour l’investisseur (Dici) du produit, quand il existe. On doit vous le remettre. À défaut, cherchez-le sur le Net. Y est toujours noté le risque, sur une échelle allant de 1 (risque très faible mais pas nul) à 7 (risque maximal). Fondé sur les performances passées, cet indicateur intègre aussi la « volatilité » du placement, comprenez sa propension à fluctuer plus ou moins fortement à la hausse comme à la baisse. «La volatilité, c’est l’amplitude des variations par rapport à la durée, indique Georges Nemes, président de Patrimmofi (groupement de cabinets de conseillers patrimoniaux). Plus cette amplitude est forte sur une durée courte, plus il y a de la volatilité. Et donc moins l’on sait à quel moment il faut entrer ou sortir.» Exemple Un score de 5 sur l’échelle de risque indique que le placement qui vous intéresse a varié, sur les cinq dernières années, de 10% à 15%, au dessus comme au-dessous de sa valeur moyenne. Selon les produits, d’autres éléments sont intégrés dans la note, comme la capacité ou non pour l’établissement financier à restituer le capital.

Notre conseil Toute promesse de rendement élevée, à plus de 5% par an, repose sur un niveau de risque important, avec de fortes fluctuations possibles du capital. Restez prudent, donc.

LES FRAIS, ÇA COMPTE!

Qui accepterait de laisser 3 à 4% de droits d’entrée dans un placement ne rapportant qu’à peine 1%? Personne, posé ainsi. Dans la pratique, c’est fréquent, à l’instar de ce qu’il se passe avec les assurances vie et les plans d’épargne retraite. Pourtant, avec des rendements en berne, la chasse aux frais élevés est impérative. Ceux pris à l’entrée amputent votre mise de départ avant qu’elle n’ait rapporté un centime… Est-ce acceptable? Et la ponction annuelle sur votre capital est très pénalisante sur la durée.

Ainsi, les fonds (Sicav) actions prélèvent 2 à 3% de la valeur du capital chaque année, ce qui absorbe quasiment tous les dividendes. Ces frais sont pourtant affichés noir sur blanc dans les documents contractuels… Méfiez-vous aussi des coûts indirects, comme il s’en trouve dans l’immobilier locatif: crédit, frais de notaire et d’agence, impôts fonciers, etc

FAIRE UN BILAN DE SON PATRIMOINE

La sécurité d’un patrimoine, qu’il soit déjà bâti ou encore en construction, repose sur sa diversification. C’est-à-dire sur une répartition équilibrée entre l’immobilier, les actions et les produits de taux (obligations). Tel est le credo des professionnels. Un patrimoine trop concentré sur la pierre, par exemple, peut vous mettre en mauvaise posture en cas de retournement de ce marché (baisse des prix). L’importance de la diversification vaut aussi au sein d’une même classe d’actifs. De fait, plutôt que tout miser sur des actions européennes, on répartira son portefeuille de titres entre plusieurs zones géographiques. Voilà pour la théorie. En pratique, votre patrimoine est déjà plus ou moins construit, d’où la nécessité de faire le bilan de vos avoirs. Si certains placements sont un poids mort, il est temps de s’en séparer, sans trop s’attarder sur les pseudo-avantages fiscaux (sauf cas particuliers). Inversement, d’autres sont à conserver, comme les vieux plans d’épargne logement (PEL). Reste à ne pas tomber dans le panneau. « La diversification ne doit pas se faire au détriment de l’intérêt des épargnants, appuie Georges Nemes. C’est aujourd’hui devenu un alibi utilisé par certains professionnels pour pousser les gens vers la Bourse ou des produits risqués.»

Notre conseil Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier est sage mais ne doit pas vous obséder.

VIGILANCE MAXIMALE FACE AUX OFFRES ALLÉCHANTES

Les établissements financiers jouent sur du velours. Ils ont toujours le produit qu’il vous faut. Exemple: vous vous inquiétez pour votre future retraite, on vous proposera un Perin, le nouveau plan d’épargne retraite. Mais est-ce bien votre intérêt? Et si oui, le contrat que l’on vous présente est-il de bonne qualité? Rien n’est moins sûr. Le domaine de l’épargne, immobilier comme financier, est un marché de consommation, dans lequel les établissements ont un but: vendre leurs produits. Tous les appels du pied sont à prendre avec recul, même ceux de votre interlocuteur habituel, dont l’off re doit être soumise à comparaison avec celle du voisin.

La clairvoyance est également nécessaire face à de nouveaux types de placements comme les cryptomonnaies (lire aussi p. 28) ou le crowdfunding immobilier (p. 30). S’informer, avant tout, car les bonimenteurs sont nombreux. Pire, les arnaques fi nancières pullulent (lire l’interview de Claire Castanet p. 31). Dernier exemple en date : l’achat de places de parking dans les aéroports étrangers (Lisbonne, Vienne, etc.), avec 58 000 euros en moyenne perdus pour chaque victime… L’épargne de toute une vie, parfois.

Notre conseil Ne souscrivez pas un placement de manière impulsive. Prenez le temps de comprendre, de comparer, de vous renseigner sur son gestionnaire. Méfiez-vous aussi des simulations présentées, qui pèchent toujours par excès d’optimisme.

AUTOPSIE D’UNE ARNAQUE

Au hasard d’une balade sur Internet, vous tombez sur une bannière vantant les performances d’un produit « alternatif » jusqu’à « sept fois » supérieures à celles du livret A. Mieux, il est précisé que ce placement n’est pas « soumis à imposition » et permet « d’investir en toute tranquillité ». Séduit, vous cliquez et atterrissez sur Capital-placement.info. On vous invite ici à vérifier votre « éligibilité à l’épargne à 3,99 % de rentabilité par an ». Il faut renseigner votre nom, donner vos adresse e-mail et numéro de téléphone. Bizarrement, vous allez retrouver cette annonce sur d’autres sites, tel News-placement.net. Même discours, mais cette fois on vous parle de 4,92 % sur les cinq dernières années… Et l’identité de l’hébergeur, qui n’est pas situé en France, est identique au premier site. Ce sont en fait des coquilles vides, sans contenu, juste créés pour collecter des coordonnées vendues ensuite à des plateformes illégales, qui vous recontacteront pour vous arnaquer. Les deux adresses web précitées figurent sur la liste noire des sites identifiés par l’AMF et l’ACPR.

À qui confier son argent ?

Par réflexe, à son banquier. Selon le baromètre de l’épargne 2019 de l’AMF, le conseiller bancaire reste le premier prescripteur de produits (60 % des cas). Logique : après le compte courant, on ouvre auprès de lui un livret, un crédit immobilier… Mais ce professionnel n’est plus seul en piste. On se fait désormais proposer des placements par son assureur, un conseiller-courtier patrimonial, une caisse de retraite, une mutuelle ou même le service financier d’une grande surface ! Internet modifie aussi la donne, avec la multiplication des courtiers en ligne présentant toute la panoplie des placements à frais réduits. Ce surcroît de concurrence est bénéfique à l’épargnant, à condition d’être suffisamment averti pour ne pas se perdre dans le dédale des offres… Avant d’investir, demandez-vous toujours qui est le garant de votre épargne, car ce n’est pas forcément celui chez qui vous avez souscrit le placement. Exemple : si vous ouvrez une assurance vie chez un courtier en ligne, votre argent atterrit chez l’assureur du contrat. Et y restera, même en cas de disparition de l’intermédiaire.